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Balade écriture du 27 mars 2010


        Les Gaulois, c’est bien connu, ne craignaient qu’une seule chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête. Et ce fut le Puy de Dôme très en colère qui leur cracha dessus crescendo. Quelle galère ce volcan, il va nous escagasser encore longtemps avec sa cendre chaude de plus en plus épaisse ?!

     Alors un chef se leva, fier et ombrageux, Vercingétorix lui-même. Il prit son mobile et d’une mâle voix s’adressa au tout puissant volcan qui dominait Nemetum en lui disant : « Tu nous soûles avec tes vociférations. Je vais monter sur mon cheval de Troie et tu verras ce qui va t’arriver ». La réponse fut à la hauteur du défi : « Tire-toi de là petit con, c’est moi le chef ici ».  Ce petit entretien, enregistré pour les baladeurs, dura un moment. Les deux célèbres protagonistes sont toujours face à face, le Puy de Dôme qui se repose en attendant sa prochaine colère, et le fier Vercingétorix que le grand Bartholdi, sculpteur mondialement connu pour sa Liberté éclairant le monde à l’entrée du port de New York, campa pour l’éternité sur son fier destrier, un vilain Romain à ses pieds et la pointe de son épée touchant le ciel auvergnat.

     Lassés de cette guerre des chefs et voulant retourner à leurs jardins, quelques guerriers pas fayots zappèrent la scène officielle et s’en allèrent vers des quartiers moins violents. Les Gaulois n’ont pas le caractère éternellement ombrageux comme le pensent les parisiens. Lors d’un célèbre remue-méninges, ils décidèrent de jouer les modestes en baptisant une de leurs rues « les petits-gras ». Ils décidèrent aussi de célébrer leur cuisine en accordant à deux restaurants l’étoile Michelin, le mentor local. Les deux sont recommandables : « Fleur de sel » rue Abbé Girard, et « Apirius » rue Claussmann.

     Autre variante du génie arverne, les fleurs de l’esprit, aussi brillantes ici qu’à Paris.  N’évoquons ici pour faire court que les gloires locales en sciences physiques. Blaise Pascal est le plus connu et son nom sert d’unité internationale de pression. Bernard Brunhes, ancien directeur de l’observatoire du Puy de Dôme, a découvert le premier que le champ magnétique terrestre pouvait s’inverser ; il y a plus de 700.000 ans, l’aiguille de la boussole indiquait le sud et non le nord. Le nom de Bruhnes est à ce titre inscrit dans l’échelle internationale des inversions du champ.

      Bref les gens d’ici sont plutôt fiers de leur origine. 

Maurice





Depuis le temps qu’il était là le vainqueur d’Alésia, j’avais oublié, comme lui, que j’étais une Arverne.

Du haut de son destrier, quelle belle vue ! D’un côté la montagne, la vraie, le Puy-de-Dôme, de l’autre LA MONTAGNE, façon journal. Une belle variante du mot. 

Aujourd’hui, il fait un temps à ne pas mettre un cheval de Troie dehors. Pluie, vent, ombre et lumière, quelle galère pour tenir le parapluie ouvert. 

Tans pis, visite guidée, sans guide. 

Je passe devant le Théâtre. Pas changé depuis 40 ans. Ai connu deux réhabilitations. 

Je vais zapper la grande bâche mobile indiquant le pourquoi et réinventer le grand balcon qui a reçu de nombreux mentors dans les fauteuils de réception au velours rouge. 

Un petit détour sur le dos. Entrée des Artistes. Là tout est pareil. Puis feuilles à la main et crayon baladeur j’emprunte la rue des Gras. Celle des notables, celle des marchands qui allaient et venaient pendant la construction de la Cathédrale dont la rosace telle celle de Notre Dame de Paris trône en rose et rouge. 

La rue est marquée par le monde de l’Imaginaire.

Pas étonnant qu’Urbain II ait eu l’inspiration d’un discours tout à côté d’une petit estancot au nom magique : Eh Dieu créa l’Amour !

Et tout en haut, quelle belle place royale, non ? 

Et je vogue de Cheval blanc aux Chaussetiers, un air de voyage, de rêve en soie…, dans la tête. 

La belle Oriane est assise là sur la margelle de la fontaine, tout autour inscrite dans la lave, une si belle écriture : « une tranche de vie, un morceau de rêve, une part de bonheur. » En rond.

A lire.

A suivre… 

Marianne       




Une place et deux généraux
 

A l’aise dans ses bottes, le général Desaix au chapeau comme légèrement couronné semblait montrer du doigt d’où il souhaitait qu’on le regardât, d’en bas, aux pieds. Le visage encore juvénile, le cheveu long bouclé, le manteau sur les épaules gentiment dégagé, il avait l’allure décontractée du mentor qu’on ne peut pas zapper.

Il trônait en ce bout de place depuis qu’il s’était distingué dans une de ces tragédies qui lui coûta la vie et où Bonaparte, le dictateur empereur,  l’avait entraîné ainsi que tout ce que les frontières comportaient de généraux et militaires mobiles. Il avait la statue gracile. Il était fier cet homme. Cela se voyait à la façon qu’ils avaient eu de le représenter.

Il faisait face à Vercingétorix, l’Arverne à la moustache rayonnante. Le bras levé et menaçant, le visage crispé, tout racontait le moment, la difficulté. Il était en pleine action quand la pierre l’avait saisi. Peut-être juste avant d’infliger à César l’humiliation de sa vie. Lui, Vercin tellement dans cette ville il était vécu en copain, lui cet autre Gaulois qu’il fallait aussi regarder d’en bas, il tint tête à ce Romain, cet autre empereur à l’invasion facile et qui venait d’ailleurs, plus bas, apporter le malheur.

Son cheval ne fut pas de Troie. Des ruses, d’autres, il en utilisa. Il gagna une bataille mais la guerre, il la perdit. Mais si ! Mais si !

D’ailleurs, cela escagassait les autochtones qui auraient voulu une victoire franche sur cette armée qui envahissait crescendo chaque morceau de terre qu’il lui arrivait de fouler. Jusqu’au Nord et même sur tous les côtés.

Depuis, Vercin était monté  sur un cheval en train de décoller comme pour se rendre aux pieds de Desaix. Ensemble, ils regrettaient de s’être ainsi sacrifiés à la folie des prédateurs empereurs. C’est vrai, maintenant, il y avait les honneurs. Mais mourir si jeunes, avec encore à vivre tant de vie. Que du gâchis !

Alors, la nuit, ils continuaient leur existence. Parfois même la lune avec leurs ombres lançait une danse. Et quand la place était vide et calme, on pouvait les entendre se parler en patois, pour ne pas inquiéter le  bourgeois.

Et le vent complice portait leur voix jusque dans les rêves des petits Auvergnats.

Vercin et Desaix, finalement deux victimes tombées dans une galère, aujourd’hui nez à nez sur cette place au sol dallé.

Toujours et encore  la mégalomanie et toutes ses tueries. Et deux mille ans d’histoire dans ce tout petit bout de pays.

Christiane


Drôle d’après-midi 

Nous voici au pied du mur, en l’occurrence au pied de la statue de Vercingétorix au centre de Clermont(-Ferrand) place de Jaude. Cette statue est magnifique et le fait de savoir que c’est Bartholdi qui l’a créée ne fait que confirmer cette appréciation.

Vercingétorix, sur son cheval de Troie se remue les méninges. Soit. 

Allons voir la statue qui lui fait face, à l’autre bout de la place ; déplacement et observation toujours zappés parce que je n’ai pas le temps, parce que Desaix, bof !

Desaix, donc, général de Napoléon, c’est inscrit il était né en Auvergne à Ayat-sur Sioule, mort à la bataille de Marengo. Pourquoi et vers qui pointe-t-il cet index impérieux ? Serait-ce pour accuser ce plus petit que lui, son mentor d’empereur pour qui il mourut à trente-deux ans ?

Les Galeries de Jaude et leur belle architecture, passons, le vent souffle trop fort sur cette esplanade.

Retour en arrière : j’ai vu tout à l’heure depuis le bus, une grande affiche jaune sur le Centre Jaude, il faut que je voie ce qui est écrit. « Elle fait mon bonheur, elle est mon soleil », que des phrases avec elle pour sujet. Intriguée, je lis jusqu’au bout ce texte qui va crescendo dans l’exaltation de cette « elle ». Qui, Elle ? Aucun nom n’apparaît pour identifier cette personne. 

Par contre, c’est signé : les commerçants du Centre Jaude pour la st Valentin. Donc, elle, c’est la femme, je suppose ! A  qui  est destiné ce texte ? Aux hommes pour qu’ils achètent pour elles ? A elles ? Seraient-elles des cibles commerciales trop faciles ? Et pourquoi ? Bon, je m’en vais, ça m’énerve, ça a des relents de sexisme et puis quoi ? St Valentin ! On est le 27 mars. Les commerçants ne se remuent guère les méninges, ni pour le fond ni pour la forme.

Zou ! Je veux absolument écrire, en souvenir de ma chienne qui prenait la même attitude, quelque chose sur la statue de Mabru, qui orne le petit square devant l’entrée de la Préfecture. « Méditation de la Bergère au Labrit » dit le guide de Michèle Deleigne. J’aime voir cette vieille paysanne, elle semble regarder, les gens, les rues, la campagne derrière Royat et le Puy de Dôme quand il fait clair. On voit bien qu’elle est désolée de constater que les hommes sont en train de tout escagasser…

Quel vent ! Quelle pluie ! Je passe devant la chapelle des Cordeliers, une expo ! J’entre cinq minutes. Le thème est : « Art et Handicap ». J’y trouve la définition de l’art : ce qui parle aux sens, aux émotions, à l’intellect ; je suis restée vingt minutes au moins.

Je repars sous la pluie ; je cours vers mon ancien logement, l’impasse, un jeune homme à ma fenêtre de cuisine, la porte d’entrée toujours ouverte ? Eh bien non, elle est fermée !

Je reviens comme bredouille. Cet après-midi, très mobile au cœur de Clermont m’aura bien remué les méninges, plutôt les tripes. Et les cheveux à cause du vent ! Tiens, mais voilà une constante, les giboulées de mars ! Je vais mieux !                                                                                                                             

Annie M.



 

     

La gaufre et le lycéen

Le marchand de gaufres rubicond a ouvert sa baraque. La chantilly est montée, prête à remplir tous les carrés.

En face, la Préfecture a ses préférés. Un attroupement dénonce l’expulsion d’un lycéen.

La volupté de l’un croise la galère de l’autre et le plaisir égoïste, le réveil des consciences. Un vrai remue-méninges.


      Saudade

Sur le parvis de la place St Pierre, deux petites dames portugaises s’évertuent à vendre les oignons, pommes de terre et autres légumes de leurs jardins de périphérie. Le vent vient crescendo gonfler leur foulard et les mots en portugais s’envolent pour rejoindre le pays qui est le leur.

La nostalgie rend la parole mobile.


      Rideau

« Pas de porte à vendre » ; dans ce cas, pourquoi le dire si ostensiblement dans une vitrine ? Cela m’a toujours escagassée lorsque j’étais enfant jusqu’à ce que je comprenne que cet espace vide, souvent sale était un lieu de transit. Il signifiait que le propriétaire voulait zapper, changer de vie, de lieu. Cet affichage est donc plus intime qu’on ne croit.

Catherine





 



Balade sous le ciel du volcan. 
 

Aujourd’hui est jour de liesse en la capitale arverne car un soleil pimpant filtre à travers les nuages, entre éclaircies et perles de pluie. 
Partons en direction du cœur de la ville, de là on peut apercevoir la 

silhouette du mont des monts, le Puy-de-Dôme, qui protège la ville de 
sa bienveillance. 
Au hasard des rues au cachet d’autrefois, une feuille de papier s’envole sur le toit. En levant les yeux, nous apercevons au balcon de la grande maison des jardinières croulant sous les primevères. Par la fenêtre entrouverte, un homme svelte, vêtu de noir, portant des lunettes cerclées d’or, regarde s’écouler le temps au-dehors. Il paraît triste, résigné au sort qui est le sien : qui est-il ? Un poète maudit, un pianiste virtuose ou un naufragé du destin ? Est-il un 
amoureux éconduit qui a perdu le goût de la vie ?
Ô comme j’aimerais réchauffer l’écrin de son cœur ! Mais je ne suis qu’une inconnue dont l’existence s’amenuise au fil des ans. L’existence pour moi ne se vit plus qu’à contretemps du soleil d’autrefois, à contre-jour des vertiges de l’amour, que pourrais-je dès lors lui offrir ? 
Pourtant la vie est là,  insistante dans le regard des passants qui respirent après cet hiver qui a joué les intrus. Un  pigeon grappille de la mie de pain donnée par une passante à la silhouette tassée par les ans. Une enfant sourit à la poupée blottie dans ses bras, cette petite est riche de tous les possibles mais ne le sait pas. Tout est invitation 
à la valse hésitante du pas de deux mais,  en moi,  en ai-je encore le feu ?!
Il n’existe plus d’autre choix : le clair ou l’obscur, le sombre ou l’azur :
fais ton choix Nathanaëlle, regarde le ciel, envole-toi !
Un éclair fend le ciel : je retombe sur la cité aux ruelles
pavées, celle-ci je ne l’avais  jamais tant aimée. 
 
La ville blottie près du cœur des volcans est présent pour qui sait 
saisir son âme. Clermont-Ferrand  « clair mont » tient les cœurs captifs 
sous les flèches de son trésor : la  cathédrale,  couleur de lave et de 
soleil réunifiés; dans la nef, sur un parchemin, « te amo »  y est 
gravé. 
 
 
Nathanaëlle



Vercingétorix, sur son cheval de Troie, se remue les méninges.

Il aimerait trouver une copine. Mais comment faire ? A califourchon à 100 m de haut sur une colonne au milieu de la grande place de Clermont-Ferrand…

Desaix, à sa gauche, ne le quitte pas des yeux. Le Puy de Dôme, ce fantôme énigmatique, lui en impose.

Aujourd’hui, c’est décidé, alors le baladeur à fond les manettes, avec l’aide du vent qui souffle très fort, il descend de son piédestal.

Hanaë est là… Par pur hasard il tombe à genoux devant elle.

Oui c’est le coup de foudre.

Ça lui donne des ailes.

Pour l’emmener à travers la ville, plutôt que la rue Blatin, ils choisissent un variante.

Ils passeront inaperçus…

Rue Ernest Renan.

Rue des Salles.

Rue Joli.

Carré Jaude.

N’a-t-on pas trouvé un pied romain ? De quel Romain s’agit-il ? Un avec lequel il a combattu à Gergovie ?… Et qui s’est arrêté là. Sa galère s’étant échouée quand il naviguait avec ses compatriotes sur la tiretaine.

La vie nous réserve tellement de choses.

Vercingétorix n’en croit pas ses yeux, ses oreilles, son cœur bat la chamade, il chaloupe avec Hanaë dans les rues, mi dieux, mi hommes, jouant les mentors.

Il ressent l’impatience des corps.

Lui qui est resté stoïque, découvre le souffle du vent sur sa peau. Sent ses muscles, ses os, sa peau, son volume, son espace, sa hauteur, la chaleur de son corps et sent vibrer en lui une petite flamme au creux de son ventre qui lui fait réaliser encore plus l’endormissement de ce corps depuis des années.

Il s’extasie devant la beauté d’Hanaë, ses formes rondes et harmonieuses.

Il reconnaît sa douceur, son amour, leur amour et devant tant de cadeaux il n’a qu’une seule envie, caresser Hanaë, caresser des yeux la beauté de la Vie.

Il ne pense plus à la guerre contre les Romains, aux victoires…

Il est tombé en beauté, devant ce pied romain !… Ce pied au colosse d’argile. Grâce à la qualité mobile de ce pied agile, ce Romain avait traversé nombre de contrées pour laisser un bout de son histoire ici.

Le passé était présent devant ses yeux. Le passé devenait présent sous la forme de la beauté.

Chaque chef d’œuvre met en forme « ce qui s’agite dans l’âme humaine » a dit Hegel.

Précisément, ça s’agitait sec dans son âme.

Il se revoyait guerrier, il avait vu les époques se succéder et tout cet enchaînement entremêlé venait écrire le texte d’une seule Histoire, celle de l’Humanité.  

Muguette




 


 

 





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