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L'armée des ombres


Réalisations plastiques et écritures (extraits),
dans le cadre de MANOUCHIAN ou la beauté engagée


association écrits Animation plastique : Yo
Animation écriture : Emmanuelle Laurent
Mise en lumière : Gilles Volpéi





association écrits




Voici la lumière
mais derrière
on ne la voit pas
c’est l’ombre du trépas
Pierre J.
 



agir avec prudence

prudence et courage
courage et conviction
attendre pour respirer
respirer pour repartir

repartir pour agir

agir avec les autres
agir pour les autres
Odile M.





La terre se détacha du soleil et tomba dans le vide. Quelque chose pourtant la retint de disparaître et le soleil se mit à contempler cette boule qui venait de lui. Elle était nue, sans âme. Il se lassa vite de la regarder. Alors il créa la vie. Mais sitôt qu'il y eut des êtres et des arbres il y eut aussi leur ombre. Et l'ombre fit peur au soleil qui se baissa jusqu'à la terre pour l'effacer. Or plus il se baissait plus les ombres devenaient gigantesques et plus le soleil était effrayé. C'est pourquoi depuis il se tient éloigné de la terre. C'est pourquoi aussi il se cache la nuit. La nuit, en tant qu'ombre, terrorise le soleil.
Obligé de garder l’idée
Magnifique du beau soleil
Baigné parfois de nuages
Revoir sa lumière
Eclabousser l’horizon
Michèle J.

Voici venu le temps...

De se poser, se reposer et laisser monter les souvenirs : souvenirs heureux ou malheureux
De ceux qu'on a connu, de près ou de loin
De ceux qui, en héros ont marqué notre histoire
et nos destins.
Voici venu le temps présent... revisité par le passé
Enfant je me souviens...
pièce obscure
oreille tendue
des grandes personnes connues, ou inconnues,
regards perdus
dans leur rêve
écoutant la voix lointaine
qui apporte l'espoir,
de continuer la lutte.
Messages codés, sibyllins
parasités par la radio allemande.
Dehors, soudain bruits de bottes... Un signe du guetteur.
on éteint la radio,
on pousse un meuble
regards furtifs,
et on se disperse.
En ombres fugitives
qui glissent dans la nuit.
Voici venu le temps... du souvenir de
ces hommes et de ces femmes

qui se sont levés
Et ont dit non à la barbarie
la haine et la bassesse.
Je les revois encore debout,
sereins et triomphants
portant vers l'avenir
un message de joie et de paix
dans la révolte
Que cette voix résonne
Et ne s'éteigne,
Espoir de vie
têtue, obstinée, tenace.
Dans le tohu-bohu
radiophonique et médiatique
inondant nos campagnes
et nos banlieues.
Voici le temps de plonger dans nos mémoires
dans les climats d'incertitude
et d'errance de nos esprits
Puisse cette voix briller et nous guider
comme une Étoile.
Paule


 


C'est ensemble, toi et moi, je l'espère, que nous franchirons l'ultime haie, là-bas, au bout de notre chemin. Ensemble nous retournerons à la terre d'où vient chaque être quel qu'il soit. Il y aura près de nous, je l'espère, un arbre ; nous nous coulerons dans la sève et monterons jusqu'aux feuillages. Les feuilles nous exsuderont, le soleil nous aspirera et nous deviendrons nuages. Nous retomberons en pluie sur notre jardin et ferons refleurir nos rosiers. La colline nous accueillera. Les chèvres nous reconnaîtront et danseront de joie. Tout recommencera. Comprends-tu maintenant que la vie est éternelle ?
Michèle
 



Mourir Croire   
Agir encore Oser   secourir l'humanité
Ignore Réparer   la réparer
Nie Partir   oser croire
Seulement la peur Secourir   oser partir
Odile M.




"Fakir" et "Pain d'épice" se trouvent à Paris, fuyant la répression qui s'exerce dans leur pays. Ils ont longtemps résisté avant de devoir s'exiler en Autriche, en Italie puis en France, suite à une dénonciation... "anonyme"... Pendant des mois, ils ont vécu de façon précaire, sous un toit ou dans une meule de foin, selon les petits travaux saisonniers. Ils déplorent la cruauté, le déchaînement sanglant qui ont déferlé sur leur pays, si vert, si beau, qu'ils gardent au fond de leur mémoire. Ils ont participé activement à la lutte contre les oppresseurs, d'abord dans leur armée... et ensuite en bandes organisées... résistants sur tous les terrains. Ils ont perdu de nombreux camarades..., ont dû fuir jusqu'à la frontière par les montagnes. Leurs ressources physiques et connaissance des lieux ont eu raison de leurs poursuivants.
En Autriche, acceptés la première année, puis dénigrés, ils sont devenus indésirables. D'où leur court passage en Italie... et la France. Et voilà, la cruauté, le déchaînement sanglant, l'invasion rapide, l'armistice, l'occupation. Et ça recommence... Sans papiers, le travail pas facile à trouver... et il faut vivre.
Pain d'épice et Fakir, au gré des rencontres retrouvent des compatriotes ulcérés de trouver ici... ce qu'ils ont vécu là-bas. Dans le même esprit de résistance, ils forment un groupe, mais chacun est conscient de la possibilité d'une dénonciation anonyme. Ils s'entre aident pour des petits travaux... et des abris... mouvants... et...
Au cours de l'Été 43, je veux visiter les Vosges. Partir de Belfort, jusqu'à Lunéville, aller de col en cols. Un groupe envisage ce parcours ; mon bon copain Bob s'y trouve ainsi que Fakir, Pain d'épice, deux filles, Clément et sa sœur. Excellentes randonnées de 30 à 35 km chaque jour. Du haut de mes dix-huit ans, je ne saisis pas où ces rapports de vacances m'entraînaient. A Lunéville une question m'a été posée, "Saurais-tu refaire seul ce parcours ?" "Bien entendu" ai-je répondu... Nous avons suivi par les chemins de montagne la limite des nouveaux territoires allemands et de la France occupée. Par la suite, un réseau de résistants les parcourt pour... récupérer des prisonniers évadés d'Allemagne... et les acheminer en zone libre, (en plusieurs relais)...
Incidemment un Dimanche de randonnée je retrouve Fakir, Pain d'épice, Clément et sa sœur. Au cours d'une ascension sur une falaise, elle tombe, reste évanouie un bon moment, revient à elle... très choquée... il faut la ramener à Paris. Une route n'est pas loin... On arrête une voiture... deux allemands à bord... qui prennent en charge pour Paris Clément et sa sœur. Fakir m'apprend... ce sont deux juifs cachés à Paris... espérons qu'il ne leur arrivera rien... "Pour Bob", tu sais qu'en ramenant deux évadés dans les Vosges... il s'est trouvé face à une patrouille allemande, il a été blessé, mais s'en est sorti avec les prisonniers.
Au retour de cette journée, "viens avec moi" me lance Fakir. Nous allons et venons dans une galerie du Panorama ! Viens, me dit-il, reste là, si tu vois Allemand, flic ou personnes curieuses, tu te grattes la tête et tu t'en vas. Il rentre dans un commerce désaffecté, siffle quelques notes. Du plafond, un soupirail s'ouvre une échelle descend, Fakir monte, l'échelle remonte. Abasourdi, je vois la tête ami qui apparaît me fait signe, l'échelle descend. Après un dernier regard dans la galerie, je rentre dans la pièce, monte à l'échelle... qui disparaît instantanément. Je retrouve Clément et sa sœur, deux autres et Fakir. Tous appartiennent au même groupe de résistants afghans à Paris.
Les contacts sont difficiles, et les cachettes des uns et des autres changeantes. C'est ainsi que je trouve "Bob" dans le haut d'un placard chez un copain. C'est une atmosphère terrible à supporter, la suspicion... Même entre bons copains, le doute règne dans les pensées. Il faut bien reconnaître que la distinction entre les bons et les mauvais amis est difficile. J'ai toujours gardé pour moi seul ce que j'ai vu et entendu, et jamais entendu geindre l'un ou l'autre... sur l'un ou l'autre. La fatalité s'admet après une tempête de reproches, de griefs, de soupçons après... qui ?... Peut-être untel ? Et soi-même dans les cas extrêmes que ferait-on ?
Les dénonciateurs vivent avec leur bassesse une existence hantée de cauchemars. Ils auront toujours devant leurs yeux, la face éclairée de leurs victimes, et ce qu'ils en ont fait "de grandes ombres noires".
Pierre J.


Épreuve :  infligée, partagée
Épreuve : celle d’actualiser et réaliser
Un personnage traduisant et exprimant
La Résistance de Missak Manouchian !

L’expression plastique ou écrite
Permet d’éprouver et de dire
Sans plaider ni condamner
Et de détourner la violence en son contraire
Du seul fait de dire vrai.

Violence dans la guerre et la résistance
Ici Manouchian et ses compagnons
Me reviennent en mémoire.

Résistance de la matière inerte en apparence
Et qui doit porter mon empreinte
Dans l’exécution d’un personnage suggéré.

Que ce soit la perceuse stridente
Les pinces ou les tenailles tranchantes
Le marteau, le fil de fer ou le grillage
Tous ces outils peu familiers
Dans mon univers personnel
M’ont renvoyée à une part d’ombre
Que je laissais en suspens.

Avec le maniement de ces outils
Cette ombre a surgi et je dois cohabiter.
Retour de l’intime, de ce refoulé bien à l’abri
Qui peu à peu a pris corps dans une forme, un espace.

Le modelage enfin, avec l’habillage du personnage
A apaisé les turbulences
Et apporté de la densité à ce corps imaginé.

De même, l’écriture bouillonnante et jaillissante
Du départ s’est peu à peu posée.
Les mots ont pris corps dans une harmonie fluide
Les rythmes se sont imposés.

Le mouvement était en marche
Et le personnage réalisé s’extirpait
De ses entraves de fer pour s’élancer
Vers la Liberté.
La catharsis du travail de mémoire s’est opérée…

Temps écoulé, bousculé, réactualisé,
Mais thème nourrissant et fortifiant
Pour notre avenir.
Paule


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